« Brut de capteur » : expression à bannir !

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Il y a des expressions que l’on retrouve très régulièrement sur le net, sur les forums ou autres plates-formes consacrées à la photographie, qui m’hérissent les poils des jambes et font suer mes aisselles. Entre autre, il y a cette expression « brut de capteur » qui signifie une image non développée, non retouchée, sortie directement du capteur.

Tout ceci me fait penser à cette boisson « Brut de pomme » qui n’a de brut que le nom, ou le yaourt « Bio » de Danone aujourd’hui renommé en « Activia », qui n’avait de Bio que le nom.

Cet expression est totalement fausse ou plutôt, elle est plus qu’inexacte.

Pour comprendre l’erreur que renvoie cette expression, il faut rappeler comment sont formées les images.

Retour aux bases :

Quand on prend une photo, on imprègne une surface sensible avec des photons, avec un appareil photo numérique, quand le photon touche le capteur (sa surface sensible à la lumière), il va créer de l’électricité. C’est en mesurant le champs électrique sur chaque minuscule partie du capteur (photosite) que l’on va récupérer des données (en simplifiant : coordonnées des photosites et leurs valeurs = combien de photons ont touché le photosite) qu’il va falloir déchiffrer pour obtenir une image visualisable.

Une fois récupérées, pour les décrypter, on a deux solutions :

1) L’appareil le fait tout seul avec ses petites mimines son processeur et fournit la finalité, le jpeg aussi connu dans le milieu sous le nom de « jpeg direct ». (Certains emploie aussi l’expression « brut de capteur » pour le jpeg sorti directement de l’appareil, je pense que c’est là la pire utilisation de cette locution…)

2) L’appareil fournit les données encapsulées dans un fichier, qu’on appelle le RAW (brut en anglais)

Avec notre RAW, il reste une étape pour avoir notre photo « brute de capteur », il faut les ouvrir dans un dérawtisateur et les exporter directement en jpeg pour qu’elle puisse être diffusée rapidement sur les forums.

Là où cette expression est stupide, c’est que notre photos pour être visible doivent obligatoirement passer par un traitement logiciel qui va analyser et décoder les données, car sans cette interprétation, on ne peut absolument pas voir l’image finale et on se retrouve avec une suite illogique de 0 et de 1. Par conséquent, il y aura autant de photos « brutes de capteur » qu’il y a de logiciel de traitement pour ces données.

Quand un photographe dit : « brut de capteur », cela veut surtout dire qu’il a laissé son appareil photo ou son logiciel préféré interpréter pour lui son négatif (numérique) – comme lorsqu’il allait faire développer et tirer ses pellicules chez le photographe du coin par le minilab, il a juste appuyé sur un bouton.

N’est-ce pourtant pas une finalité en tant que photographe que de pouvoir avoir le choix du contraste ou de la luminosité afin d’optimiser et de magnifier sa photo ?

La preuve par l’exemple :

Pour cet exemple, j’ai pris une photo en Raw + jpeg avec mon reflex et je n’ai touché à aucun curseur avant l’exportation, je redimensionne bêtement en 1920*1280px.

Voici la photo « brute de capteur » par l’appareil photo (ou Jpeg direct) :

jpeg-direct
Photo « brut de capteur » par l’appareil photo (ou Jpeg direct)

Le Raw dérawtisé par lightroom en Processus 2012 (version courante).

lightroom-2012
Lightroom en Processus 2012 (version courante)

Interprété par la version 2010 du processus de Lightroom (ancienne version)

lightroom-2010
Lightroom en processus 2010 (ancienne version)

Et encore le même Raw décrypté par DPP de Canon.

DPP
DPP de Canon

Les différences restent minimes, mais pourtant, aucune n’est exactement la même et d’après ceux qui l’utilisent, elles sont toutes « brutes de capteur »…

Pour finir, une version développée par moi sous Lightroom :

developpee
Ma version corrigée avec Lightroom

Vous trouverez ci-dessous le fichier RAW  ainsi que le jpeg direct si vous aussi vous voulez faire vos essais.

Tout ça pour dire, que ce genre d’expression est juste là pour camoufler une flemme de faire ce que tout bon photographe fait, même si cela doit être minime : ajuster ses photos, ce n’est pas compliqué, ça ne prend pas beaucoup de temps pour peu que l’exposition de départ soit juste.

Avec l’argentique, il était difficile de tirer ses photos soit-même de façon satisfaisante, ça restait un métier à part entière qui a aujourd’hui pratiquement disparu et pour ceux qui le font encore, ça reste un exercice aussi fascinant que rigoureux.

De nos jours, les outils gratuits ou payants mis à disposition des photographes sont très puissants et facilement accessibles à tout photographe, alors pourquoi s’en priver ?

1 commentaire

  1. Je tombe sur cet article pendant mes recherches car je rédige également une page sur cette expression « Brut de capteur ». Il s’agit bien sûr d’un abus de langage : l’expression prise à la lettre ne veut rien dire.

    Mais l’usage qui en fait par certains photograhes est assez exaspérant car, dans l’esprit du néophite, elle peut assez facilement être interprêtée comme « je suis assez bon à la prise de vue pour me passer de l’informatique ». Ce qui bien sûr est une aberration pour celui qui connait un tant soit peu la photograhie numérique.

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