50mm, focale à tout faire : mythe ou réalité ?

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On parle souvent du 50mm comme d’une focale à tout faire, la focale qu’il faut absolument avoir, que c’est le standard pour faire du portrait, qu’on devrait commencer par utiliser que ce caillou-là car ça nous fera devenir bien meilleur photographe. Mais qu’en est-il réellement ? Pourquoi en parle-t-on autant ? Pourquoi est-il considéré comme un must-have ? Alors, mythe ou réalité ? Quelques éléments de réponse en partant d’affirmations vues régulièrement sur les fora.

Focale à tout faire.

Oui, mais non, on peut faire de tout avec n’importe quelle focale, si je veux faire du paysage au 500mm, je ferai du paysage au 500mm (d’ailleurs je n’en ai pas mais si vous voulez m’en offrir un, c’est un f4 Canon qui m’intéresse), c’est comme ça, et si je veux faire du portrait non-académique avec des déformations de ouf, je ferai mon portrait au 10mm (mais je ne le publierai pas, parce que ça craint trop). Par conséquent, oui, c’est une focale à tout faire, mais c’est comme toutes les autres focales, il suffit de savoir s’en servir pour savoir quoi en faire. Cependant, c’est vrai que sur plein format, c’est une focale ayant un angle de champ ni trop grand ni trop petit, qui est assez agréable à utiliser… Puis, voir paragraphe sur l’APS-C plus bas. (putain, quel teasing !)

L’optique à portrait par excellence

Ceci est une connerie sans nom, bon, j’exagère un peu, c’est rigolo de faire du portrait au 50mm, mais ce n’est pas la seule optique pour le portrait, comme je le disais plus haut, n’importe quelle optique permet de tout faire et donc du portrait aussi, le principe est qu’il faut éviter de trop déformer le sujet (quand un cherche à faire un portrait académique) pour cela, on va se positionner entre 2 et 3 mètres du sujet puisque c’est la distance qui permet d’éviter les déformations, sauf que du coup, ben, comme on ne zoome pas avec les pieds on garde toujours le même cadrage.

C’est pour ça que quand on veut faire un portrait serré, on prendra une focale plus longue afin de rester dans notre zone à 2/3m du modèle pour éviter de donner un gros nez à notre si joli modèle. Inversement, lorsque l’on veut faire un portrait en pieds (et non pas de plein pied – ou plus correctement de plain-pied – comme on peut le lire régulièrement aussi, tel un appartement qui n’est pas en duplex ou une maison qui n’aurait pas d’étage – d’ailleurs, une maison sans étage, c’est triste non ? – longue parenthèse, longue, longue… ok, j’arrête et je me concentre sur le sujet), on va prendre une focale plus courte pour rester à notre distance préférée (imposée plutôt).

Du coup, oui, c’est une optique à portrait mais si on reste dans l’académique, uniquement pour faire du plan taille ou du plan américain sur full frame, un poil plus serré quand on a un APS-C.

Et justement sur APS-C ?

Et bien oui, c’est là que le bât blesse (mon teasing vous a fait de l’effet non ?), sur APS-C, c’est tout sauf une focale à tout faire, elle est longue, ouverte, mais longue, tellement longue, plus longue que ma parenthèse de tout à l’heure et à l’heure actuelle, la plupart des gens ayant un appareil photo reflex a un capteur aps-c, parce que c’est moins cher. Je ne me risquerai pas sur des comparatifs aps-c vs ff par rapport à la focale pour éviter de me faire casser la gueule par tous les photographes du coin, du coup, je vais donner l’angle de champ et si vous voulez savoir à quoi ça correspond, vous avez qu’à prendre le rapporteur de votre gosse et faire un petit schéma comme celui-ci :

Un 50mm sur 24x36mm c’est un angle de champ de plus ou moins 45°, sur aps-c, c’est entre 28° et 30° selon la marque. Comme je le disais si vous avez pris votre rapporteur, c’est un angle de champ assez minime et on s’en sort avec un petit téléobjectif et non plus avec un objectif à champ standard. (Ceci dit, on pourrait disserter des heures sur qu’est-ce qu’une focale standard, et vous avez raison, et j’avais commencé à le faire, mais c’est trop casse-gueule, je vais pas risquer une expédition punitive pour les dix mecs qui nous suivent régulièrement.)

C’est une focale fixe et les focales fixes ça booste la créativité parce qu’il faut zoomer avec ses pieds

Je suis à peu près d’accord avec cette affirmation, elle permet de se déplacer et de ne pas être fainéant et du coup, on ne reste pas le cul sur une chaise au même endroit à zoomer et dézoomer, et on peut même dire que ça fait perdre de la graisse et que c’est bon pour le cœur : les focales fixes devraient être remboursées par la Sécu pour le coup.

Toutefois, pour un photographe expérimenté et pas trop flemmard le fera de base, c’est compris dans son package intellectuel, que ce soit avec une focale fixe ou un zoom, ce sera un mec qui saura se placer en fonction de la lumière donc, oui, ça peut être formateur pour un débutant, mais ça ne boostera pas la créativité. On peut aussi expliquer à un débutant possédant un zoom qu’il faut bouger avec ses pieds en fonction de la lumière, s’il dit qu’il a un zoom et qu’il bougera pas, il n’ira pas bien loin et se limitera aux photos de son chat, comme on voit souvent (trop souvent, j’en peux plus de ma timeline FB rempli de chats, ça me casse les bonbons, j’ai juste envie d’en prendre deux et de leur mettre un pied dans le cul pour m’en faire des chaussons).

C’est une optique avec une grande ouverture.

Oui, mais comme sur tous les objectifs à grande ouverture, tu dois fermer un peu pour récupérer du piqué (PIQUEEEEEE, encore un mot inventé par les photographes et pour les photographes qui signifie : impression de netteté, c’est un terme qui désigne quelque chose de subjectif, ça veut rien dire quoi) parce que c’est un peu mou à pleine ouverture (mou = l’inverse de piqué ben oui, tant qu’à y être autant trouver des mots imagés pour traduire une absence de netteté subjective, ce qui veut rien dire non plus). De toute façon, à pleine ouverture, on se retrouve avec une profondeur de champ si réduite qu’un pet de mouche nous fait louper notre mise au point, donc, sauf si vous avez du temps à perdre, fermez un peu. Pour donner un ordre d’idée, à 2 mètre, un 50mm à F1.8, on a une profondeur de champ de 9cm, soit juste assez pour avoir du nez aux oreilles de net, alors si on a légèrement bouger ou un léger front focus ou back focus (mise au point automatique décalé vers l’avant ou vers l’arrière) et ben de suite, tu l’as dans le baba, donc avec ces focales, on ferme un petit peu (F2.8, c’est bien pour commencer).

D’où viennent ces affirmations gratuites ?

Avant l’apparition en kit des zooms, l’objectif qui était vendu avec le boitier était le 50mm, mais pourquoi ? Tout simplement parce que c’est un caillou facile à produire, qui a fait ses preuves et dont la formule optique – qui n’a que très peu changé au cours du temps – a une faculté à produire une netteté assez élevée ainsi qu’une grande ouverture et le tout sans se fatiguer à réfléchir avec des calculs ignobles pour les ingénieurs.

C’est en partie à cause du fait que c’était l’objectif vendu avec le boitier que l’on continue de parler de cette focale très (trop?) régulièrement sur les fora (ouais, je dis fora pour me la péter et rappeler à tous que j’ai fait du latin !) et de vieux photographes tous décrépis nous ressortent qu’avec leur SRT 101, il n’avait que le 50mm et qu’ils étaient heureux et ben on s’en fout. Aujourd’hui, ça veut plus rien dire, à l’époque avec ton SRT 101, t’avais pas de thune pour t’acheter d’autre caillou, tu faisais avec ce que tu avais mais tu bavais sur les magazines de matos photo en espérant avoir un super zoom.

Et le prix ?

Et le prix ? ben, c’est une misère pour le premier prix, c’est aussi ce qui fait que les gens te disent que c’est une optique géniale, le must-have, ben oui, 100 balles pour une optique (version f1.8, entrée de gamme) c’est peu commun et très peu cher comparativement à un objectif moyen. Cependant, ce ne sont pas non plus de très bonne optique, ni des objets donnant des rendus d’exception. On ne peut donc pas les comparer à une très bonne optique à plusieurs milliers d’euros, c’est sûr que les différences existent (AF, ouverture, netteté, construction, prise en main, ergonomie…).

Pour conclure

Elle coûte une centaine d’euros, tu peux aller l’acheter si ça te fait plaisir et ça fera un caillou de plus dans ton sac, il faudra juste apprendre à t’en servir et connaître ses limites ainsi que ses fonctions. Mais de là à dire que c’est une focale à tout faire et obligatoire dans le fourre-tout du photographe, non, c’est une optique assez spécialisé en fin de compte et qui plus est difficile à prendre en main.

Bref, vous m’aurez compris, j’en ai marre de ces vérités gratuites et pour la plupart fausses.

Des bisous !

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